Avril 2025
Retour sur un chantier et une réalisation exceptionels.
Vitrine des Alpes françaises, le nouveau refuge du Goûter dans le massif du Mont-Blanc, l’un des plus hauts d’Europe (3 835 m d’altitude) devait initialement ouvrir au début de l’été 2012 et remplacer l’ancien bâtiment devenu vétuste. Mais son ouverture avait été repoussée à plusieurs reprises.
Un incident au sein du circuit de refroidissement du système solaire thermique avait provoqué le 19 août 2012 une surchauffe et un important dégagement de vapeur d’eau glycolée. Puis l’inauguration avait été tout bonnement annulée, en raison d’une mésentente sur les modalités de financement de l’événement, entre le propriétaire du terrain, la mairie de Saint-Gervais, et le maître d’ouvrage, la FFCAM (Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagne).
Près de deux ans plus tard, jeudi 4 septembre 2014, enfin, six cordées officielles, auxquelles ont pris part Georges-François Leclerc, Préfet de la Haute-Savoie, Jean-Marc Peillex, Maire et Conseiller général de Saint-Gervais-les-Bains, ainsi que des membres de la FFCAM et des collaborateurs de Schneider Electric, qui a fourni les solutions techniques pour la gestion de l’ensemble des énergies et des ressources du refuge, ont entrepris l’ascension jusqu’au refuge du Goûter pour une première cérémonie d’inauguration. Le 6 septembre, c’est la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal qui devait inaugurer à son tour ce refuge hors-du-commun.
Ce bâtiment ovoïde à structure bois et vêture métallique, véritable défi constructif et technique face aux lois de la nature est situé 1 000 m au-dessous du sommet du Mont-Blanc, sur la voie la plus fréquentée par les alpinistes. Cet édifice innovant et éco-conçu doit remplacer l’ancien refuge, une construction inadaptée et vétuste datant de 1962.
Le choix de l’emplacement et de la forme du futur refuge a découlé de l’observation de l’ancien bâtiment, édifice rectangulaire situé à l’extrémité de l’aiguille, à l’aplomb de la voie d’ascension. Créant une excroissance sur la crête, il forme un obstacle face aux vents, derrière lequel la neige s’accumule et crée une congère. Par conséquent, la façade arrière est en permanence ensevelie sous la neige, les deux petits côtés l’étant partiellement. Seule la façade principale côté ouest, exposée aux vents, est dégagée. Devenue l’unique abord du bâtiment, face au vent et au vide, dans un milieu qui peut allier rafales de plus de 250 km/h et températures inférieures à -40 °C, elle rend les allées et venues des alpinistes extrêmement périlleuses.
C’est pourquoi le maître d’ouvrage a opté pour un nouvel emplacement, 200 m en amont de l’aiguille du Goûter, en contrebas de la crête neigeuse. Cette nouvelle zone, plus large, permet de sécuriser les déplacements des alpinistes, de créer une aire de préparation aux départs et d’organiser des caravanes de secours. Des études géotechniques ayant confirmé la qualité de la roche, le lieu a été choisi comme base d’ancrage du nouveau refuge. Sous une épaisseur de 4 m de couche de sol instable (ou « actif »), se trouve le permafrost, roche dont la température se maintient perpétuellement en dessous de 0°C et dans laquelle il est possible d’envisager un ancrage stable et cohérent du bâtiment.